Le phishing (hameçonnage) : ce que dit la loi et comment s'en protéger

Le phishing (hameçonnage) : ce que dit la loi et comment s'en protéger

Le phishing, ou hameçonnage en français, est l'une des cyberattaques les plus répandues. Elle vise aussi bien les particuliers que les entreprises, et peut entraîner le vol de données personnelles, bancaires, ou l'usurpation d'identité. En quoi consiste cette pratique, que prévoit la loi pour la sanctionner, et surtout comment s'en prémunir ? Le point.

Je précise mon rôle : je vulgarise ici un sujet à la croisée du droit pénal et de la sécurité numérique, dans une optique de protection. Pour une situation concrète, les ressources officielles citées en fin d'article et, le cas échéant, un professionnel, sont les bons interlocuteurs.

Qu'est-ce que le phishing ?

L'hameçonnage est un message frauduleux (le plus souvent un courriel, mais aussi un SMS, on parle alors de smishing, ou un message sur les réseaux sociaux) par lequel un escroc se fait passer pour un tiers de confiance (banque, administration, service de livraison, opérateur…) afin d'inciter la victime à communiquer des données personnelles ou bancaires, ou à cliquer sur un lien malveillant.

Le terme vient de l'anglais « fishing » (pêcher) : l'attaquant « lance une ligne » en espérant que des victimes « mordent ». Contrairement à ce que l'on lit parfois, il n'existe pas de version « légitime » de cette pratique : se faire passer pour autrui pour obtenir des données qu'une personne n'aurait pas livrées en connaissance de cause est, par nature, une tromperie sanctionnée par la loi.

Qu'est-ce que le phishing ?

Que dit la loi ?

Le phishing n'est pas une simple incivilité numérique : c'est un comportement susceptible de constituer plusieurs infractions pénales, selon les circonstances. Les autorités (notamment cybermalveillance.gouv.fr et le ministère de l'Économie) retiennent en particulier :

  • la collecte de données personnelles par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite (article 226-18 du Code pénal) : jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende ;
  • l'usurpation d'identité (article 226-4-1 du Code pénal) : 1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende ;
  • l'escroquerie (article 313-1 du Code pénal), lorsque la tromperie permet d'obtenir des fonds ou un bien ;
  • l'accès ou le maintien frauduleux dans un système informatique (article 323-1 du Code pénal).

En cas d'utilisation frauduleuse de données bancaires dérobées, d'autres infractions peuvent s'ajouter (contrefaçon et usage frauduleux de moyen de paiement). La pratique relève donc clairement de la loi pénale, et expose son auteur à des poursuites.

Que dit la loi ?

Comment reconnaître une tentative d'hameçonnage ?

Savoir repérer les signaux d'alerte est la meilleure défense. Plusieurs indices doivent éveiller la méfiance, sans qu'aucun ne soit infaillible :

  • un caractère d'urgence ou une menace (« votre compte va être suspendu », « dernier avertissement ») destiné à faire réagir sans réfléchir ;
  • une demande de données sensibles (identifiants, mot de passe, coordonnées bancaires, code reçu par SMS) : un organisme légitime ne réclame jamais ces informations ainsi ;
  • une adresse d'expéditeur ou un lien qui, en y regardant de près, ne correspondent pas au site officiel ;
  • des fautes de langue ou une présentation approximative (de moins en moins systématiques, toutefois) ;
  • un message inattendu portant sur un colis, un remboursement, une amende, etc., que vous n'attendiez pas.

En cas de doute, la règle d'or est simple : ne cliquez pas, ne répondez pas, et vérifiez en passant par le canal officiel habituel (le site ou le numéro de l'organisme, saisi vous-même, jamais le lien du message).

Comment réagir si vous êtes victime ?

Si vous avez communiqué des informations ou cliqué sur un lien suspect, il faut agir vite. Si des données bancaires sont en cause, contactez immédiatement votre banque pour faire opposition et surveiller votre compte. Conservez les preuves (le message reçu, les captures d'écran, les adresses). Changez sans tarder les mots de passe concernés.

Vous pouvez ensuite signaler et, le cas échéant, porter plainte :

  • signaler le message ou le site : la plateforme PHAROS (internet-signalement.gouv.fr) pour les contenus illicites, Signal Spam pour les courriels, et le 33700 pour les SMS frauduleux ;
  • vous renseigner et être orienté via cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif national d'assistance ;
  • contacter INFO ESCROQUERIES au 0 805 805 817 (gratuit) pour être conseillé ;
  • déposer plainte au commissariat, à la gendarmerie ou auprès du procureur de la République, en joignant vos preuves ;
  • en cas de besoin d'accompagnement, France Victimes au 116 006 (gratuit) ;
  • en cas de fuite de vos données personnelles, vous pouvez aussi saisir la CNIL.

Et la sensibilisation au sein des entreprises ?

Pour les entreprises, l'hameçonnage est une menace majeure, et la cybersécurité passe d'abord par la vigilance des équipes. Il existe à ce titre une pratique légitime, à bien distinguer de l'attaque : le test d'hameçonnage interne. Il consiste, pour une organisation, à simuler une fausse campagne de phishing auprès de ses propres salariés, dans un cadre défini et à des fins de formation et de sensibilisation.

Cette démarche est licite parce qu'elle ne vise que les collaborateurs de l'entreprise, n'usurpe pas l'identité de vrais tiers pour piéger le public, et poursuit un objectif pédagogique. Elle doit toutefois être menée avec discernement (information des instances concernées, respect des personnes, absence de sanction individuelle). C'est l'exact opposé du phishing dirigé contre des tiers pour collecter leurs données, qui, lui, reste illégal.

L'essentiel à retenir

Le phishing est une attaque par laquelle un escroc se fait passer pour un tiers de confiance afin de soutirer des données personnelles ou bancaires. C'est une pratique illégale, susceptible de constituer plusieurs infractions (collecte frauduleuse de données, usurpation d'identité, escroquerie, accès frauduleux), lourdement sanctionnées. La meilleure protection reste la vigilance : se méfier de l'urgence et des demandes de données, ne jamais cliquer sur un lien douteux, et vérifier par le canal officiel. En cas de problème, faites opposition, conservez les preuves, signalez (cybermalveillance.gouv.fr, PHAROS, 0 805 805 817) et portez plainte.

Ce sujet évoluant vite, il est utile de se tenir informé via les ressources officielles. Cet article a une vocation purement informative et ne remplace pas un conseil personnalisé.

Sources

  • Code pénal, articles 226-18 (collecte frauduleuse de données), 226-4-1 (usurpation d'identité), 313-1 (escroquerie), 323-1 (accès frauduleux à un système)
  • Cybermalveillance.gouv.fr, fiche « Hameçonnage (phishing) » ; economie.gouv.fr, fiche pratique sur l'hameçonnage
  • CNIL et Service-Public.fr ; INFO ESCROQUERIES (0 805 805 817), plateforme PHAROS, France Victimes (116 006)

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