En droit français, toute atteinte subie par une personne du fait d'autrui constitue un préjudice, dont la réparation obéit au principe posé par l'article 1240 du Code civil : celui qui cause un dommage à autrui doit le réparer. Parmi les préjudices indemnisables, le préjudice moral répare les souffrances psychiques et les atteintes affectives, par opposition aux pertes purement matérielles ou corporelles.
Une confusion fréquente consiste à voir dans le préjudice moral un simple « accessoire » des autres dommages. En réalité, c'est un poste de préjudice autonome, qui peut être indemnisé pour lui-même, qu'il s'agisse de la victime directe ou de ses proches. Cet article en précise les contours, les principaux postes et les modalités d'évaluation.
Je précise mon rôle : je vulgarise ici les règles applicables. L'évaluation d'un préjudice corporel ou moral étant technique, l'assistance d'un avocat en droit du dommage corporel reste vivement recommandée.

Le préjudice moral désigne l'ensemble des souffrances psychologiques et affectives résultant d'un fait dommageable : accident, agression, erreur médicale, ou décès d'un proche. Il se distingue des préjudices à dimension financière (le préjudice patrimonial) et relève de la catégorie des préjudices extrapatrimoniaux, c'est-à-dire ceux qui touchent à la personne plutôt qu'au portefeuille.
Pour situer ces notions, il faut savoir que la matière s'organise autour de la nomenclature Dintilhac, élaborée en 2005. Ce document classe les différents postes de préjudice corporel afin d'harmoniser leur évaluation. Il n'a pas de valeur légale contraignante, mais il sert de référence à l'ensemble des professionnels (juges, avocats, assureurs, experts).
Le préjudice moral n'est pas un bloc unique : il se décompose en plusieurs postes, qui peuvent se cumuler selon la situation. Pour la victime directe comme pour ses proches, on distingue notamment :
Concrètement, cela signifie qu'une même personne peut cumuler plusieurs postes. Une victime d'agression, par exemple, pourra être indemnisée à la fois pour son préjudice corporel et pour les souffrances psychiques distinctes qu'elle a endurées.

Pour obtenir réparation, la victime doit démontrer trois éléments classiques de la responsabilité civile : une faute (ou un fait générateur), un préjudice, et un lien de causalité entre les deux. C'est devant le juge que cette preuve doit être rapportée, par tous moyens : rapports médicaux, témoignages, attestations.
La réparation prend la forme de dommages et intérêts. Mais l'évaluation du préjudice moral est délicate, car il n'existe pas de barème officiel contraignant : le montant est apprécié souverainement par le juge, au cas par cas, dans le respect du principe de réparation intégrale (réparer tout le préjudice, mais rien que le préjudice).
En cas de décès, l'indemnisation du préjudice d'affection bénéficie d'abord aux proches les plus directs : conjoint, parents, enfants. Mais des proches plus éloignés (frères, sœurs, voire neveux ou nièces) peuvent aussi être indemnisés, à condition de démontrer un lien affectif réel et régulier. Pour les concubins non pacsés, la preuve de la vie commune peut être apportée par des attestations, des avis d'imposition à la même adresse ou un bail aux deux noms.
L'évaluation combine une appréciation médicale et une appréciation juridique. L'expertise médicale joue un rôle central : l'expert examine les dossiers médicaux, mène des entretiens et cote les différents postes (notamment les souffrances endurées sur l'échelle de 1 à 7). Les juges s'appuient ensuite sur cette expertise et sur la jurisprudence.
Pour orienter les montants, les praticiens se réfèrent souvent au référentiel Mornet, du nom du magistrat qui l'a élaboré. Il propose des fourchettes indicatives d'indemnisation, sans valeur obligatoire. Concrètement, cela signifie que deux dossiers similaires peuvent aboutir à des montants différents : le référentiel oriente sans figer, et chaque situation reste appréciée individuellement.
Le préjudice moral n'est pas réservé aux accidents corporels : il se rencontre fréquemment en droit du travail. Un salarié peut obtenir des dommages et intérêts pour les souffrances psychologiques causées par un harcèlement moral, un licenciement abusif ou des conditions de travail dégradantes portant atteinte à sa dignité.
Le préjudice d'anxiété y occupe une place particulière. Initialement reconnu pour les salariés exposés à l'amiante, il a été progressivement étendu par la Cour de cassation à l'exposition à d'autres substances toxiques. Le salarié dispose en principe d'un délai de quatre ans, à compter de la prise de conscience du risque, pour agir. Là encore, la preuve du préjudice et du manquement de l'employeur conditionne l'indemnisation.
Le préjudice moral est un poste de préjudice autonome, indemnisable au titre de la responsabilité civile, qui répare les souffrances psychiques et affectives de la victime directe comme de ses proches. Son évaluation s'appuie sur la nomenclature Dintilhac, l'expertise médicale et des référentiels indicatifs comme celui de Mornet, mais le montant relève toujours de l'appréciation du juge, faute de barème contraignant.
Chaque dossier étant unique, il reste vivement conseillé de vous faire assister par un avocat spécialisé en droit du dommage corporel ou en droit du travail pour évaluer et faire valoir vos droits. Cet article a une vocation purement informative et ne remplace pas un conseil juridique personnalisé.
Pour aller plus loin : vous pouvez consulter nos articles sur comment faire valoir un préjudice moral, le harcèlement moral au travail, et l'indemnisation du préjudice corporel après un accident.