En cas d'opération bancaire non autorisée, virement frauduleux, paiement ou retrait que vous n'avez pas consenti, le droit pose un principe protecteur : la banque doit en principe vous rembourser. Ce principe figure aux articles L133-18 et suivants du Code monétaire et financier. Encore faut-il connaître les délais, les démarches et les rares cas où la banque peut refuser.
Je précise mon rôle : je vulgarise ici vos droits et la marche à suivre, je ne suis pas avocate et je n'engage aucune responsabilité. Un point essentiel d'emblée : être victime d'une escroquerie n'est pas une faute. La responsabilité première est celle de l'escroc. La loi fait d'ailleurs peser sur la banque, et non sur vous, la charge de prouver une éventuelle négligence grave. Pour un litige persistant, rapprochez-vous du médiateur bancaire puis, si besoin, d'un avocat.
Les fraudes évoluent vite et se font de plus en plus convaincantes. Parmi les plus répandues, l'hameçonnage (le « phishing ») consiste à vous inciter, par un faux courriel, SMS ou appel imitant votre banque, à communiquer vos identifiants ou à valider une opération. L'usurpation d'identité conduit la victime à effectuer un virement « en urgence » au profit d'un escroc se faisant passer pour un proche, un conseiller ou une administration. La fraude à la carte bancaire repose sur l'utilisation de données dérobées. Enfin, les faux placements promettent des rendements élevés sur des plateformes qui disparaissent une fois les fonds versés.
Ces techniques ont un point commun : elles reposent sur la manipulation. Le fait d'y avoir été exposé ne vous prive pas de vos droits ; ce qui compte juridiquement, c'est de réagir vite et de bien constituer votre dossier.

La rapidité est déterminante, à la fois pour limiter les pertes et pour préserver vos droits. Dès que vous constatez la fraude, faites opposition sur votre carte ou votre compte pour stopper toute nouvelle opération. Signalez ensuite sans délai l'opération non autorisée à votre banque, par écrit, de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception, afin de dater votre notification : c'est elle qui déclenche l'obligation de remboursement.
En parallèle, déposez plainte auprès de la police ou de la gendarmerie et conservez le récépissé : il atteste votre démarche et est souvent demandé par la banque. Rassemblez enfin toutes les preuves utiles (courriels et SMS frauduleux, captures d'écran, relevés). Concrètement, cela signifie qu'un dossier complet et une notification rapide sont vos meilleurs atouts pour obtenir un remboursement.
Lorsque vous signalez une opération non autorisée, la banque doit, en application de l'article L133-18 du Code monétaire et financier, vous rembourser immédiatement, et au plus tard le premier jour ouvrable suivant votre signalement, en rétablissant le compte dans l'état où il se serait trouvé sans l'opération frauduleuse. Ce n'est donc pas un délai « de 24 heures » au sens strict, mais un remboursement au plus tard le lendemain ouvrable.
Vous disposez par ailleurs d'un délai pour contester : en principe, l'article L133-24 prévoit que vous devez signaler l'opération non autorisée sans tarder et au plus tard dans les treize mois suivant la date de débit (ce délai peut être plus court pour certaines opérations hors Union européenne). Passé ce délai, la contestation n'est plus recevable, d'où l'importance de surveiller régulièrement ses relevés.
La banque ne peut refuser le remboursement que dans des cas limités : si vous avez agi frauduleusement, ou si vous avez commis une négligence grave dans la protection de vos données de sécurité. Point capital : c'est à la banque de prouver cette négligence grave (article L133-19). Vous n'avez pas à prouver votre prudence ; c'est l'établissement qui doit établir votre faute.

La négligence grave n'est pas définie par un barème : elle s'apprécie au cas par cas, sous le contrôle du juge. Communiquer volontairement ses identifiants complets, son code confidentiel ou valider soi-même une opération malgré des signaux d'alerte manifestes peut, selon les circonstances, être qualifié de négligence grave. En revanche, le simple fait d'ouvrir un courriel frauduleux, ou d'être tombé dans un piège particulièrement sophistiqué, ne constitue pas, en soi, une telle négligence.
La jurisprudence sur ce point connaît des évolutions, notamment en matière d'hameçonnage. Des décisions récentes de la Cour de cassation ont précisé l'appréciation de la négligence grave lorsque la victime a communiqué des données à la suite d'une manœuvre imitant sa banque. Ces décisions confirment toutefois que la charge de la preuve pèse sur la banque et que l'existence d'un procédé de fraude élaboré joue en faveur de la victime. Les contours exacts de ces arrêts méritant une vérification à jour, il est prudent de se reporter aux références publiées sur Légifrance ou de consulter un professionnel pour une situation précise.

Si la banque refuse de rembourser, vous n'êtes pas démuni. La première étape, gratuite, est la saisine du médiateur bancaire, après avoir adressé une réclamation écrite à votre agence et au service client. Le médiateur est un tiers indépendant qui propose une solution ; sa saisine suspend les délais et n'empêche pas un recours ultérieur en justice. Ses coordonnées figurent sur vos relevés, dans votre convention de compte ou sur le site de la banque.
Si la médiation échoue, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire. Pour les litiges portant sur des montants modérés, des procédures simplifiées existent. Le recours à un avocat n'est pas toujours obligatoire selon le montant et la procédure, mais il est précieux pour un dossier complexe. Concrètement, cela signifie qu'avant le procès, la médiation reste la voie la plus rapide et la moins coûteuse.
Quelques réflexes réduisent fortement le risque, sans jamais qu'un manquement de votre part ne légitime l'escroc. Ne communiquez jamais vos identifiants, codes ou données de carte à la suite d'une sollicitation reçue par message ou téléphone : aucune banque ne demande votre code confidentiel. Vérifiez l'adresse des sites avant toute saisie, méfiez-vous de l'urgence, qui est l'arme favorite des fraudeurs, et surveillez régulièrement vos relevés pour réagir au plus vite. En cas de doute sur un message, contactez votre banque par ses coordonnées officielles, et non par celles indiquées dans le message suspect.
Pour signaler une tentative ou obtenir de l'aide, des dispositifs publics existent : la plateforme cybermalveillance.gouv.fr, le signalement des contenus illicites via PHAROS (internet-signalement.gouv.fr), et le numéro Info Escroqueries 0 805 805 817.
Face à une opération bancaire non autorisée, la loi protège la victime : la banque doit rembourser au plus tard le premier jour ouvrable suivant le signalement, sauf à prouver une fraude ou une négligence grave de votre part, dont la charge lui incombe. Vous disposez en principe de treize mois pour contester, mais mieux vaut réagir immédiatement : opposition, signalement écrit, plainte et collecte des preuves. En cas de refus, le médiateur bancaire puis le tribunal judiciaire sont vos recours. Chaque situation étant particulière, et la jurisprudence sur la négligence grave évoluant, il reste vivement conseillé de vérifier vos droits auprès du médiateur ou d'un avocat avant d'engager toute démarche.