Le viager occupé sans rente permet au propriétaire de vendre son logement, de recevoir immédiatement un capital et de continuer à y vivre. Contrairement au viager classique, aucune rente mensuelle n'est versée après la signature de l'acte.
Cette formule est parfois appelée « viager 100 % bouquet ». Cette appellation commerciale ne doit toutefois pas masquer la nature exacte de l'opération : selon les clauses retenues, il peut s'agir d'une vente avec réserve d'un droit d'usage et d'habitation ou d'une vente de la nue-propriété avec conservation de l'usufruit. Le notaire doit donc déterminer le montage correspondant réellement au projet du vendeur.
Dans un viager occupé classique, le vendeur cède son bien tout en conservant le droit de l'occuper. Le prix comprend généralement un bouquet, versé à la signature, puis une rente payée jusqu'au décès du vendeur. Dans un viager occupé sans rente, la totalité du prix convenu est versée en une seule fois.
Le vendeur reçoit donc un capital immédiat, mais aucun revenu périodique. L'acheteur devient titulaire des droits acquis dès la signature de l'acte authentique. Il ne peut toutefois pas occuper ou louer le logement tant que le droit conservé par le vendeur demeure en vigueur.
Comme l'explique la fiche de Service-Public.fr consacrée à l'achat et à la vente en viager, le vendeur d'un viager occupé peut conserver un usufruit ou un droit d'usage sur le logement. La portée de ce droit doit être définie précisément dans l'acte notarié.
En l'absence de rente, les termes « crédirentier » et « débirentier » sont moins adaptés, puisqu'aucune rente n'est due. Pour éviter toute confusion, il est plus clair de parler du vendeur et de l'acheteur.

Le vendeur ne reçoit normalement pas la valeur du logement libre d'occupation. Le prix tient compte du droit qu'il conserve et de l'impossibilité, pour l'acheteur, de disposer immédiatement du bien.
Le calcul part de la valeur vénale du logement, c'est-à-dire du prix auquel il pourrait être vendu libre sur le marché. La valeur économique du droit d'usage et d'habitation ou de l'usufruit conservé est ensuite déduite. Le résultat correspond à la valeur des droits effectivement cédés à l'acheteur.
Il n'existe pas de formule légale unique imposant automatiquement une décote déterminée. L'évaluation peut notamment tenir compte de l'âge du vendeur, de son espérance de vie statistique, de la valeur locative du logement, du rendement retenu, de l'étendue du droit conservé et des modalités prévues en cas de libération anticipée.
Par exemple, si un logement vaut 300 000 euros libre et que la valeur économique de l'occupation conservée est estimée à 110 000 euros, le capital théorique versé au vendeur serait de 190 000 euros, avant prise en compte des autres modalités de l'acte. Cet exemple sert uniquement à expliquer le mécanisme : la décote ne peut pas être calculée correctement sans une évaluation du bien et du droit réservé.
La durée réelle de l'occupation reste inconnue lors de la vente. Une occupation plus longue que prévu retarde la jouissance du bien par l'acheteur. À l'inverse, une libération rapide lui permet d'en disposer plus tôt. Le prix et les clauses doivent être suffisamment équilibrés pour ne pas créer une opération manifestement désavantageuse pour l'une des parties.
| Élément comparé | Viager occupé avec rente | Viager occupé sans rente |
|---|---|---|
| Paiement du prix | Bouquet éventuel puis rente viagère | Capital versé à la signature |
| Revenu régulier du vendeur | Oui, pendant toute sa vie selon le contrat | Non |
| Risque d'impayé d'une rente | Présent, malgré les garanties prévues dans l'acte | Absent après le paiement complet du capital |
| Montant total payé par l'acheteur | Dépend notamment de la durée de vie du vendeur | Fixé dès la vente |
| Occupation du logement | Maintenue selon le droit réservé | Maintenue selon le droit réservé |
Le choix dépend donc principalement de l'objectif du vendeur. Le viager avec rente répond davantage à la recherche d'un complément de revenus à vie. Le viager sans rente peut convenir à celui qui préfère recevoir immédiatement un capital, par exemple pour financer un projet, réorganiser son patrimoine ou aider ses proches.
Recevoir tout le prix à la signature oblige néanmoins le vendeur à réfléchir à l'utilisation et à la gestion de cette somme. Une fois le capital consommé, aucune rente viagère ne viendra compléter ses revenus.
Le droit d'usage et d'habitation, souvent désigné par le sigle DUH, autorise son titulaire à habiter personnellement le logement dans les limites fixées par l'acte. En principe, ce droit ne permet ni de louer le bien ni d'en céder la jouissance à une autre personne. Les articles 625 à 636 du Code civil encadrent les droits d'usage et d'habitation.
L'usufruit accorde des prérogatives plus étendues. Selon l'article 578 du Code civil, l'usufruit permet de jouir d'un bien appartenant à une autre personne, à condition d'en conserver la substance. Le vendeur qui conserve l'usufruit peut donc continuer à habiter le logement, mais aussi le louer et percevoir les loyers, sous réserve des clauses de l'acte.
Cette différence devient importante si le vendeur quitte son domicile pour vivre chez un proche ou entrer dans un établissement spécialisé. Avec un simple DUH, il ne pourra généralement pas louer le logement. Avec un usufruit, cette possibilité reste ouverte.
Le choix ne doit pas être effectué uniquement en fonction du montant du capital. L'usufruit ayant une portée plus large, sa valeur est normalement plus élevée que celle d'un simple droit d'usage et d'habitation. À valeur du bien identique, le capital versé au vendeur peut donc être moins important.
Il n'existe pas une répartition unique applicable à tous les viagers occupés sans rente. L'acte notarié doit indiquer qui paie l'entretien courant, les travaux importants, les charges de copropriété, les assurances et les différents impôts attachés au logement.
En présence d'un usufruit, les règles du Code civil mettent en principe les réparations d'entretien à la charge de l'usufruitier, tandis que le nu-propriétaire supporte les grosses réparations définies par les articles 605 et 606 du Code civil. Des aménagements contractuels peuvent cependant être prévus, sous réserve des règles impératives applicables et des droits des tiers.
La fiscalité dépend également du droit conservé. En cas de démembrement entre un usufruitier et un nu-propriétaire, Service-Public.fr précise que la taxe foncière est établie au nom de l'usufruitier. La situation n'est pas identique lorsque le vendeur conserve seulement un droit d'usage et d'habitation : il faut alors distinguer le redevable désigné par l'administration de la répartition économique éventuellement prévue entre les parties dans l'acte.
Une clause contractuelle peut organiser le remboursement d'une dépense entre le vendeur et l'acheteur, mais elle ne modifie pas nécessairement l'identité de la personne légalement redevable auprès de l'administration fiscale ou du syndicat de copropriété.
Le départ du vendeur ne met pas automatiquement fin au droit qu'il a conservé. Une personne qui entre en établissement d'hébergement peut, selon les clauses de l'acte, rester titulaire de son DUH ou de son usufruit même si elle n'occupe plus matériellement le logement.
Pour éviter qu'un bien demeure juridiquement occupé alors que le vendeur l'a définitivement quitté, l'acte peut prévoir une clause de libération anticipée. Cette clause définit les événements permettant de considérer le logement comme libéré ainsi que les conséquences financières de cette libération.
Une indemnité ou une majoration du capital peut notamment être prévue en contrepartie de la renonciation du vendeur à son droit. Elle ne doit pas être improvisée après son départ : sa méthode de calcul et ses conditions de versement gagnent à être fixées dès la vente.
Lorsque le droit est réservé au profit de deux personnes, par exemple des époux, l'acte doit également indiquer s'il se poursuit jusqu'au décès du dernier survivant. La protection du conjoint ne résulte pas automatiquement d'une simple mention informelle.
Pour le vendeur, le principal risque est d'accepter un capital insuffisant par rapport à la valeur du bien et au droit abandonné. Il doit aussi mesurer les conséquences de l'absence de rente et vérifier que le capital reçu répondra durablement à ses besoins.
Pour l'acheteur, la durée d'indisponibilité du logement reste incertaine. Il doit pouvoir immobiliser son capital sans disposer immédiatement du bien et anticiper les dépenses qui seront mises à sa charge pendant l'occupation.
Avant la signature, plusieurs vérifications sont particulièrement utiles :
La vente immobilière doit être reçue par un notaire. Dans un viager occupé sans rente, son intervention est également essentielle pour qualifier correctement l'opération, vérifier l'équilibre du contrat et rédiger les clauses relatives au droit d'occupation.
Le capital versé représente le prix de cession des droits vendus. Il ne doit pas être confondu avec une rente viagère, dont seule une fraction peut être imposable selon l'âge du bénéficiaire lors du premier versement.
La vente peut en revanche produire une plus-value immobilière. Son imposition dépend notamment de la nature du bien, de sa durée de détention et de son utilisation. La vente de la résidence principale peut bénéficier d'une exonération lorsque les conditions sont réunies, comme l'indique la fiche de Service-Public.fr sur la plus-value immobilière.
Les conséquences d'une donation ultérieure du capital à un enfant ou à un autre proche doivent être étudiées séparément. Le fait que l'argent provienne de la vente du logement ne dispense pas d'appliquer les règles fiscales et civiles relatives aux donations.
Avant de vous engager, demandez au notaire une présentation écrite de la valeur du bien, de la décote d'occupation, du droit conservé, de la répartition des dépenses et des conséquences d'un départ anticipé. Ces éléments permettent de vérifier que le capital proposé correspond bien aux droits que vous acceptez de céder.