Comment fonctionne un pacte de préférence immobilier ?

Comment fonctionne un pacte de préférence immobilier ?

Le pacte de préférence immobilier permet à un propriétaire de réserver à une personne déterminée une priorité si, un jour, il décide de vendre son bien. Le propriétaire ne promet donc pas de vendre. Il s'engage à proposer prioritairement l'opération au bénéficiaire s'il prend la décision de céder le bien.

Cette différence est importante, car le pacte peut produire des conséquences sérieuses s'il n'est pas respecté. Je précise mon rôle : je vulgarise ici les règles du droit des contrats. Pour rédiger ou faire appliquer un pacte portant sur un bien immobilier, l'accompagnement d'un notaire ou d'un avocat permet de sécuriser les clauses et d'examiner la situation concrète.

Qu'est-ce qu'un pacte de préférence immobilier ?

Selon l'article 1123 du Code civil, le pacte de préférence est le contrat par lequel une personne s'engage à proposer prioritairement à son bénéficiaire de traiter avec elle si elle décide de conclure un contrat.

Dans le domaine immobilier, le promettant est généralement le propriétaire du bien. Le bénéficiaire est la personne à laquelle la priorité est accordée. Il peut s'agir, par exemple, d'un voisin souhaitant acquérir une parcelle si elle est mise en vente, d'un associé ou d'un proche.

Le propriétaire conserve donc une liberté essentielle : il peut décider de garder son bien. Tant qu'il ne souhaite pas le vendre, le bénéficiaire ne peut pas l'obliger à engager la vente sur le seul fondement du pacte.

Quelle différence entre un pacte de préférence et une promesse de vente ?

La confusion est fréquente, alors que les engagements ne sont pas les mêmes. Dans un pacte de préférence, le propriétaire n'a pas encore pris l'engagement de vendre. Il accorde seulement une priorité au bénéficiaire pour l'hypothèse où il déciderait de conclure la vente.

La promesse unilatérale va plus loin. Comme le prévoit l'article 1124 du Code civil, le promettant accorde au bénéficiaire le droit d'opter pour la conclusion d'un contrat dont les éléments essentiels sont déjà déterminés. Autrement dit, le consentement du promettant au contrat envisagé est déjà donné, alors que dans le pacte de préférence, la décision même de vendre reste entre ses mains.

Le pacte de préférence peut ainsi être rapproché d'un mécanisme de priorité contractuelle. Il ne faut toutefois pas le confondre avec les droits de préemption prévus par la loi, qui obéissent à leurs propres conditions.

Pourquoi conclure un pacte de préférence sur un bien immobilier ?

Pour le bénéficiaire, l'intérêt est de ne pas découvrir trop tard que le bien qu'il souhaitait acquérir a été vendu à quelqu'un d'autre. Si le propriétaire décide de vendre pendant la période où le pacte produit ses effets, il doit respecter la priorité convenue.

Pour le propriétaire, le mécanisme reste plus souple qu'une promesse unilatérale de vente puisqu'il conserve la possibilité de ne pas céder le bien. Le pacte permet ainsi d'organiser à l'avance une priorité sans déclencher immédiatement une opération de vente.

Cette souplesse ne signifie pas que le pacte soit sans conséquence. Une fois signé, il doit être respecté selon les conditions convenues. La rédaction du contrat joue donc un rôle déterminant, notamment pour savoir à quel moment la priorité se déclenche et comment le bénéficiaire doit être informé.

Comment rédiger un pacte de préférence immobilier ?

Le pacte doit permettre d'identifier sans ambiguïté le promettant, le bénéficiaire et le bien concerné. Il est également utile de préciser les événements qui déclenchent la préférence, la manière dont le bénéficiaire sera informé du projet de vente, le délai qui lui sera accordé pour répondre et les modalités selon lesquelles il pourra exercer son droit.

La question de la durée mérite une attention particulière. L'article 1123 ne fixe pas de durée maximale propre au pacte de préférence. Pour autant, laisser la durée entièrement ouverte peut soulever la question des règles applicables aux contrats à durée indéterminée. L'article 1211 du Code civil prévoit qu'un contrat conclu pour une durée indéterminée peut être rompu en respectant le préavis prévu au contrat ou, en l'absence de clause, un délai raisonnable. Prévoir clairement la durée et les conditions de fin du pacte réduit donc les risques de contestation.

Dans une opération immobilière, le notaire peut également examiner la forme que doit prendre l'acte et les éventuelles formalités de publicité foncière à envisager selon son contenu. Il faut cependant éviter de penser qu'une publicité du pacte suffit nécessairement à permettre l'annulation d'une vente conclue avec un tiers. L'arrêt de la chambre mixte de la Cour de cassation du 26 mai 2006 montre précisément que la connaissance du pacte ne suffit pas : l'intention du bénéficiaire de s'en prévaloir doit également être connue du tiers pour permettre certaines sanctions.

Que se passe-t-il si le pacte de préférence n'est pas respecté ?

Supposons que le propriétaire vende directement le bien à un tiers alors que le pacte obligeait à donner la priorité au bénéficiaire. Le Code civil permet d'abord au bénéficiaire de demander réparation du préjudice causé par la violation du pacte.

Des sanctions plus fortes sont possibles, mais elles supposent une condition supplémentaire. Le bénéficiaire peut demander la nullité du contrat conclu avec le tiers ou demander au juge de le substituer au tiers acquéreur seulement s'il établit que ce tiers connaissait, au moment de contracter, à la fois l'existence du pacte et l'intention du bénéficiaire de s'en prévaloir.

Cette double connaissance est déterminante. Le simple fait que l'acquéreur ait eu connaissance de l'existence d'un pacte ne suffit donc pas, à lui seul, pour obtenir sa substitution ou l'annulation de la vente.

En pratique, la preuve peut devenir le point central du litige. Des échanges écrits, des notifications ou les circonstances dans lesquelles la vente a été préparée peuvent alors prendre une importance particulière. Leur portée doit toutefois être appréciée au regard du dossier.

À quoi sert l'action interrogatoire du tiers acquéreur ?

L'article 1123 du Code civil permet à un tiers qui envisage de contracter de lever l'incertitude. Il peut demander par écrit au bénéficiaire de confirmer l'existence du pacte et d'indiquer s'il entend s'en prévaloir. Le tiers fixe pour cela un délai qui doit rester raisonnable.

L'écrit doit également avertir le bénéficiaire des conséquences de son silence. S'il ne répond pas dans le délai prévu, il ne pourra plus demander ensuite sa substitution au contrat conclu avec le tiers ni la nullité de ce contrat.

Ce mécanisme protège notamment un acquéreur qui a connaissance d'un pacte mais ignore si son bénéficiaire entend réellement exercer sa priorité. La rédaction de cette demande doit néanmoins être suffisamment précise pour produire les effets prévus par le Code civil.

Que faut-il vérifier avant de signer ou d'invoquer un pacte ?

La première vérification porte sur le texte du pacte lui-même. Il faut notamment comprendre quels biens sont concernés, quels événements déclenchent la priorité, pendant combien de temps l'engagement produit ses effets et selon quelles modalités le bénéficiaire doit être informé.

La date du pacte peut également avoir son importance. Le régime actuel de l'article 1123 résulte de la réforme du droit des contrats entrée en vigueur le 1ᵉʳ octobre 2016, avec des règles transitoires pour les contrats conclus auparavant. Un pacte ancien ne doit donc pas être analysé automatiquement comme un contrat conclu sous le régime actuel.

Lorsqu'un propriétaire envisage de vendre malgré l'existence d'un pacte, ou lorsqu'un bénéficiaire apprend que le bien a déjà été cédé à un tiers, mieux vaut faire examiner rapidement l'acte et les preuves disponibles. Un notaire peut intervenir pour les aspects liés à l'acte immobilier et à la vente ; un avocat peut être nécessaire lorsqu'une contestation, une demande de dommages-intérêts, de nullité ou de substitution est envisagée.

Article rédigé par Benali Myriam

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