La transmission universelle de patrimoine (TUP) est une opération de droit des sociétés permettant de dissoudre une société sans la liquider, en transférant l'intégralité de son patrimoine à son associé unique. Régie par l'article 1844-5 du Code civil, elle est très utilisée au sein des groupes pour simplifier une structure ou absorber une filiale.
Apparemment simple, cette procédure comporte en réalité des subtilités juridiques, fiscales et procédurales, accentuées par une réforme récente entrée en vigueur le 1er octobre 2024. C'est pourquoi l'accompagnement d'un professionnel du droit est généralement recommandé. Cet article présente le mécanisme, ses étapes, ses risques et le rôle de l'avocat.
Je précise mon rôle : je vulgarise ici le cadre applicable. Compte tenu de la technicité fiscale de l'opération, le recours à un avocat et à un expert-comptable est vivement conseillé pour la sécuriser.
La TUP est une dissolution sans liquidation : à l'issue de l'opération, la société disparaît et son patrimoine (actifs, dettes, droits et obligations) est transmis de plein droit à son associé unique. Une condition est impérative : l'associé unique doit être une personne morale (une autre société). Lorsque l'associé unique est une personne physique, la TUP est exclue, précisément pour ne pas faire peser un passif éventuellement lourd sur un particulier.
En pratique, la TUP est adaptée à plusieurs situations :
Son principal atout est la simplicité : contrairement à une fusion classique, elle ne nécessite ni traité d'apport ni assemblée générale d'approbation, et peut aboutir en deux à trois mois.

La TUP suit un enchaînement précis, dont le respect conditionne la validité de l'opération. Les principales étapes sont les suivantes :
Concrètement, cela signifie que la disparition de la société n'est pas immédiate : elle n'intervient qu'une fois le délai d'opposition écoulé, ou les oppositions éventuelles réglées.

L'article 1844-5, alinéa 3, du Code civil protège les créanciers en leur ouvrant un droit d'opposition pendant 30 jours. Cette opposition ne bloque pas l'opération, mais elle déclenche un examen judiciaire. Le dirigeant de la société non encore dissoute est alors assigné devant le tribunal de commerce.
Si les motifs sont jugés fondés, le tribunal peut ordonner le remboursement des créances ou la constitution de garanties suffisantes ; dans le cas contraire, l'opposition est rejetée. L'avocat joue ici un rôle clé : il analyse le passif en amont, anticipe les contestations possibles et propose des solutions adaptées, aux sociétés comme aux créanciers.
La plupart des contrats sont transférés automatiquement à l'associé unique, qui reprend les droits et obligations de la société absorbée. Certains contrats conclus en considération de la personne (dits intuitu personae), comme un contrat de franchise, de cautionnement ou de mandat, ne sont en revanche pas transmis de plein droit et nécessitent l'accord du cocontractant.
S'agissant des salariés, l'article L.1224-1 du Code du travail assure la protection de leurs contrats : ceux-ci se poursuivent automatiquement avec le nouvel employeur, sans perte d'ancienneté ni modification de leurs droits.
Sur le plan fiscal, la TUP peut bénéficier du régime de faveur des fusions, prévu aux articles 210-0 A et 210 A du Code général des impôts. Ce régime permet notamment d'éviter l'imposition immédiate des plus-values d'actif de la société absorbée. Mais il est strictement encadré : l'associé unique doit, dans l'acte de dissolution, souscrire les engagements exigés par la loi (reprise des provisions, réintégration échelonnée de certaines plus-values, etc.). La jurisprudence considère cette formalité comme substantielle : son omission fait perdre le bénéfice du régime. À noter que la taxe de publicité foncière reste due en présence de biens immobiliers.
À chaque étape, l'avocat sécurise l'opération. Il rédige et vérifie le procès-verbal de dissolution, veille au respect des règles du droit des sociétés et coordonne les formalités administratives et fiscales. Il s'assure notamment que les engagements fiscaux figurent bien dans l'acte de dissolution, condition du régime de faveur, et il intervient en cas d'opposition d'un créancier.
Son rôle est aussi préventif : repérer en amont les risques (passif sous-estimé, contrats non transférables, contestation possible) permet d'éviter qu'une opération réputée fluide ne bascule dans le contentieux. En présence de biens immobiliers, il coordonne par ailleurs la mise à jour des actes de propriété et des inscriptions au service de la publicité foncière.
La TUP permet de dissoudre une société à associé unique personne morale en transférant son patrimoine sans liquidation. Simple dans son principe, elle suppose le respect de formalités précises, désormais publiées au BODACC, et d'un délai d'opposition des créanciers de 30 jours. Elle peut bénéficier d'un régime fiscal de faveur, sous réserve d'engagements stricts, et préserve les contrats de travail.
Chaque opération étant particulière, il reste vivement conseillé de vous faire accompagner par un avocat et un expert-comptable pour sécuriser les volets juridique et fiscal. Cet article a une vocation purement informative et ne remplace pas un conseil juridique personnalisé.
Pour aller plus loin : vous pouvez consulter nos articles sur la fusion simplifiée de sociétés, la dissolution-liquidation classique, et le régime fiscal des groupes de sociétés.