Divorce contentieux : quelles procédures depuis la réforme de 2021 ?

Divorce contentieux : quelles procédures depuis la réforme de 2021 ?

Lorsque les époux ne s'accordent pas sur la rupture ou sur ses conséquences, le divorce devient contentieux, c'est-à-dire tranché par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire. Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2021, la procédure a été simplifiée et l'ancienne phase de conciliation supprimée. Le Code civil prévoit aujourd'hui plusieurs fondements de divorce contentieux, encadrés par les articles 233 et suivants.

Je précise mon rôle : je vulgarise ici ces procédures, je ne suis pas avocate et je n'engage aucune responsabilité. Un avertissement utile d'emblée : de nombreux articles en ligne décrivent encore une « audience de non-conciliation » qui n'existe plus depuis 2021. Le divorce étant une matière où l'avocat est obligatoire, rapprochez-vous d'un professionnel pour toute démarche.

Divorce contentieux : quelles procédures depuis la réforme de 2021 ?

Qu'est-ce qu'un divorce contentieux ?

On parle de divorce contentieux par opposition au divorce par consentement mutuel, dans lequel les époux s'entendent sur tout (principe et conséquences) et divorcent, en principe, sans juge, par un acte signé par leurs avocats et déposé chez un notaire. Dès qu'un désaccord subsiste, sur le principe même du divorce ou sur ses conséquences (résidence des enfants, pension, partage des biens), la voie contentieuse s'impose et le juge tranche.

Concrètement, cela signifie qu'un seul point de blocage suffit à faire basculer le dossier en procédure contentieuse. Le débat se structure alors par des écritures (les conclusions), des pièces justificatives et des audiences, sous le contrôle du juge aux affaires familiales.

Qu'est-ce qu'un divorce contentieux ?

Quels sont les différents cas de divorce contentieux ?

Le Code civil distingue trois fondements, qu'il est essentiel de bien comprendre car ils n'impliquent pas les mêmes preuves ni les mêmes conséquences.

Le divorce pour acceptation du principe de la rupture (article 233 du Code civil) suppose que les deux époux sont d'accord pour divorcer, mais pas sur les conséquences. L'acceptation, une fois donnée, est irrévocable : le débat ne porte plus que sur les effets de la séparation. Ce fondement n'exige ni faute ni délai préalable.

Le divorce pour altération définitive du lien conjugal (article 237 du Code civil) permet de divorcer lorsque la vie commune a cessé depuis au moins un an à la date de la demande, sans avoir à démontrer de faute ni à obtenir l'accord de l'autre époux. Depuis la réforme de 2019, ce délai a été ramené de deux ans à un an. Il est même supprimé lorsque le divorce est demandé sur un autre fondement et que le juge ne le retient pas.

Le divorce pour faute (article 242 du Code civil) suppose de prouver des manquements graves ou renouvelés aux devoirs du mariage rendant intolérable le maintien de la vie commune. La charge de la preuve pèse sur l'époux demandeur ; l'autre peut contester ou invoquer des torts réciproques. Le juge peut prononcer le divorce aux torts exclusifs de l'un, aux torts partagés, ou rejeter la demande.

Quels sont les différents cas de divorce contentieux ?

Comment se déroule la procédure depuis 2021 ?

La réforme du 1er janvier 2021 a unifié et raccourci la procédure. Voici les grandes étapes actuelles, qui remplacent l'ancien schéma en deux temps.

La procédure débute par une demande en divorce, le plus souvent une assignation délivrée à l'autre époux par un commissaire de justice (nouvelle dénomination de l'huissier depuis 2022), ou par une requête conjointe. Point important issu de la réforme : la demande n'a plus à indiquer d'emblée le fondement du divorce (faute, altération, acceptation), ce qui permet d'apaiser l'entrée en procédure ; le fondement peut être précisé plus tard.

Une audience d'orientation et sur mesures provisoires peut ensuite être tenue devant le juge aux affaires familiales. Le juge y fixe, pour la durée de la procédure, les mesures urgentes : attribution du logement, résidence des enfants et droit de visite et d'hébergement, pension alimentaire provisoire, par exemple. Cette audience a remplacé l'ancienne tentative de conciliation. Vient enfin la phase de mise en état, où les avocats échangent leurs conclusions et leurs pièces, avant la clôture des débats et le jugement de divorce, qui statue sur la rupture et toutes ses conséquences.

Comment se déroule la procédure depuis 2021 ?

Quelles conséquences financières et patrimoniales ?

Le divorce contentieux emporte des effets financiers majeurs, qui sont souvent au cœur du litige.

La prestation compensatoire (article 270 du Code civil) vise à compenser la disparité que la rupture crée dans les conditions de vie respectives des époux. Point essentiel, et souvent mal compris : il n'existe aucun barème officiel pour la calculer. Le juge l'apprécie souverainement, au regard notamment de la durée du mariage, de l'âge et de l'état de santé des époux, de leurs qualifications et de leur situation professionnelle, des choix faits pendant la vie commune (par exemple avoir cessé de travailler pour élever les enfants), de leur patrimoine et de leurs droits à la retraite. Elle prend en principe la forme d'un capital.

La contribution à l'entretien et à l'éducation des enfants (article 371-2 du Code civil), souvent appelée pension alimentaire, est due par chaque parent selon ses ressources et les besoins de l'enfant. Elle est révisable en cas de changement de situation, et son non-paiement expose à des mesures de recouvrement et à des sanctions, le délit d'abandon de famille étant caractérisé après deux mois d'impayés. Concrètement, cela signifie que cette contribution n'est ni facultative ni négociable à la baisse en dehors du cadre légal.

Comment est liquidé le patrimoine des époux ?

La fin du mariage entraîne la dissolution du régime matrimonial et le partage des biens. Les modalités dépendent du régime des époux : communauté réduite aux acquêts (le régime par défaut, à défaut de contrat), séparation de biens, ou participation aux acquêts.

Lorsque les époux s'accordent sur le partage et qu'un bien immobilier est en jeu, l'acte de partage est établi par un notaire, qui lui donne sa force authentique. À défaut d'accord, le juge peut ordonner les opérations de liquidation et désigner un notaire pour y procéder, avec, si nécessaire, des expertises pour évaluer un bien immobilier, une entreprise ou des objets de valeur. Les points les plus sensibles concernent souvent l'attribution du logement familial et la valorisation des biens.

Comment sont fixées les modalités concernant les enfants ?

Une précision de vocabulaire s'impose : le terme « garde » n'a plus de valeur juridique depuis la loi du 4 mars 2002. On parle de résidence de l'enfant (habituelle chez un parent ou en alternance) et de droit de visite et d'hébergement. L'autorité parentale, elle, reste en principe exercée conjointement par les deux parents (article 372 du Code civil), quel que soit le mode de résidence.

Le juge aux affaires familiales statue sur ces modalités au regard du seul intérêt de l'enfant (article 373-2-6 du Code civil), sans préférence de principe pour la mère ou le père. Il tient compte des capacités de chaque parent, de la stabilité de l'environnement, des habitudes de l'enfant et, s'il est en âge de discernement, de son avis. Ces décisions ne sont jamais définitivement figées : un changement de situation (déménagement, évolution des ressources, besoins nouveaux de l'enfant) peut justifier une demande de révision.

Le divorce contentieux peut-il devenir amiable ?

Oui, et c'est une possibilité utile à connaître. Le droit français encourage le règlement amiable à tout moment. Si, en cours de procédure, les époux finissent par s'entendre sur l'ensemble des points, ils peuvent basculer vers un divorce par consentement mutuel et mettre fin au litige.

Cette bascule suppose un accord complet, sur le principe comme sur toutes les conséquences. À défaut d'accord total, la procédure contentieuse se poursuit jusqu'au jugement. La médiation familiale peut aider à rapprocher les positions, mais elle doit être écartée en présence de violences au sein du couple, où la priorité est la protection et non le dialogue.

Combien de temps et combien coûte un divorce contentieux ?

La durée dépend de la complexité du dossier, du degré de conflit, du nombre et de la nature des biens à partager et de l'encombrement de la juridiction. En pratique, un divorce contentieux s'étend souvent sur une à plusieurs années, hors appel. Aucun délai n'est garanti, et la réactivité des parties à produire leurs pièces y joue un rôle déterminant.

Le coût, lui, varie fortement. Il comprend principalement les honoraires d'avocat (au forfait ou au temps passé, librement fixés), les frais de commissaire de justice pour la signification des actes, les éventuels frais de notaire pour la liquidation (notamment en présence d'un bien immobilier) et les droits de partage dus à l'administration fiscale, ainsi que d'éventuels frais d'expertise. Sous condition de ressources, l'aide juridictionnelle peut prendre en charge tout ou partie de ces frais ; les plafonds étant réévalués chaque année, il faut les vérifier sur Service-Public.fr ou auprès du bureau d'aide juridictionnelle.

L'essentiel à retenir

Le divorce contentieux relève du juge aux affaires familiales et repose sur trois fondements : acceptation du principe de la rupture, altération définitive du lien conjugal (un an de séparation) ou faute. Depuis le 1er janvier 2021, la procédure débute par une assignation, sans phase de conciliation préalable, et la demande n'a plus à indiquer d'emblée son fondement. Le juge tranche la prestation compensatoire (sans barème officiel), la contribution à l'entretien des enfants, le partage des biens et la résidence des enfants, toujours dans leur intérêt. Chaque situation étant particulière, et l'avocat étant obligatoire en matière de divorce, il reste vivement conseillé de consulter un professionnel avant d'engager la procédure.

Sources

  • Code civil, articles 233, 237 et 242 (cas de divorce contentieux), Légifrance
  • Code civil, article 270 (prestation compensatoire) et article 371-2 (contribution à l'entretien des enfants), Légifrance
  • Code civil, articles 372 et 373-2-6 (autorité parentale et intérêt de l'enfant), Légifrance
  • Loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 et réforme du divorce entrée en vigueur le 1er janvier 2021 (suppression de la conciliation, délai d'altération ramené à un an), Légifrance
  • Service-Public.fr, « Divorce contentieux » et « Aide juridictionnelle »

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