La mise à pied disciplinaire est l'une des sanctions que l'employeur peut prononcer à l'encontre d'un salarié ayant commis une faute, sur le fondement des articles L1331-1 et suivants du Code du travail. Elle suspend temporairement le contrat de travail : le salarié ne vient plus travailler et n'est pas rémunéré pendant la durée de la mesure. Le salarié concerné est en principe convoqué à un entretien préalable avant que la sanction ne soit décidée.
Je précise mon rôle : je vulgarise ici le régime de cette sanction, je ne suis pas avocate et je n'engage aucune responsabilité. Attention à une confusion fréquente : la mise à pied disciplinaire, qui est une sanction, ne doit pas être confondue avec la mise à pied conservatoire, qui est une mesure d'attente. Pour contester une sanction ou sécuriser une procédure, rapprochez-vous d'un avocat ou d'un représentant du personnel.
La mise à pied disciplinaire est une sanction prévue par le droit du travail (article L1331-1 du Code du travail), qui définit la sanction comme toute mesure, autre que les observations verbales, prise par l'employeur à la suite d'un agissement du salarié considéré comme fautif. Elle se traduit par une suspension temporaire du contrat : le salarié est écarté de son poste pour une durée déterminée et perd la rémunération correspondant à cette période.
Elle se distingue nettement de la mise à pied conservatoire. Cette dernière n'est pas une sanction : c'est une mesure provisoire qui écarte immédiatement le salarié de l'entreprise, dans l'attente d'une décision, généralement lorsqu'une faute grave est invoquée. Confondre les deux a des conséquences concrètes, notamment sur le sort de la rémunération si aucune faute grave n'est finalement retenue.

Plusieurs conditions de fond et de forme doivent être réunies, et leur non-respect expose la sanction à l'annulation.
Sur le fond, la sanction suppose une faute réelle, que l'employeur doit pouvoir établir, et elle doit être proportionnée à la gravité de cette faute (article L1333-2 du Code du travail, qui permet au juge d'annuler une sanction disproportionnée). Le motif doit être licite et non discriminatoire. Un point mérite une vigilance particulière : l'insuffisance professionnelle, c'est-à-dire le fait de ne pas atteindre un niveau de performance attendu, ne constitue en principe pas une faute disciplinaire, sauf abstention volontaire ou mauvaise volonté délibérée. La sanctionner comme une faute est une cause classique d'irrégularité.
Sur la forme, l'employeur doit respecter la procédure disciplinaire et, surtout, la mise à pied disciplinaire doit être prévue par le règlement intérieur. Selon la jurisprudence de la Cour de cassation, le règlement intérieur doit non seulement mentionner cette sanction mais aussi en fixer la durée maximale ; à défaut de durée maximale prévue, la mise à pied est irrégulière. C'est le règlement intérieur, et non la seule convention collective, qui joue ce rôle déterminant.
Aucune liste légale n'énumère les fautes justifiant une mise à pied disciplinaire. Tout dépend des circonstances, du règlement intérieur et de l'appréciation, au cas par cas, de la gravité du comportement. En pratique, on retrouve souvent des manquements comme l'insubordination ou le refus d'exécuter une tâche relevant du contrat, des absences injustifiées et répétées, le non-respect de consignes de sécurité, ou des comportements portant atteinte au fonctionnement de l'entreprise ou à d'autres personnes.
Concrètement, cela signifie qu'une même faute peut être appréciée différemment selon le contexte, l'ancienneté du salarié ou les antécédents. La proportionnalité reste le maître mot : c'est elle que le juge contrôlera en cas de litige.

La loi ne fixe pas de durée maximale générale. C'est le règlement intérieur qui doit la plafonner, et c'est ce plafond qui s'impose à l'employeur. Une mise à pied qui dépasserait la durée maximale fixée par le règlement intérieur serait irrégulière.
En pratique, beaucoup de règlements intérieurs retiennent une durée de quelques jours, souvent de l'ordre de trois à cinq jours ouvrés, mais ce chiffre n'a rien d'un plafond légal : il faut se reporter au règlement intérieur applicable à votre entreprise. Quelle que soit la durée, la sanction doit rester proportionnée à la faute. Lorsqu'une mise à pied conservatoire a précédé la sanction pour les mêmes faits, sa durée s'impute sur celle de la mise à pied disciplinaire.
Parce que la mise à pied disciplinaire a une incidence sur la présence et la rémunération du salarié, elle relève de la procédure renforcée de l'article L1332-2 du Code du travail. Les étapes sont les suivantes.
L'employeur convoque le salarié à un entretien préalable, par une convocation précisant l'objet, la date, l'heure et le lieu, et rappelant la possibilité pour le salarié de se faire assister par une personne de l'entreprise. Lors de l'entretien, l'employeur expose les faits reprochés et recueille les explications du salarié. La sanction ne peut alors être notifiée ni avant un délai de deux jours ouvrables après l'entretien, ni plus d'un mois après celui-ci. La notification se fait par écrit et doit être motivée, c'est-à-dire indiquer précisément les faits et la sanction retenue, ainsi que sa durée.
Ce double délai, plancher de deux jours ouvrables et plafond d'un mois, est une garantie essentielle : une sanction notifiée trop tôt ou trop tard est irrégulière.

Pendant la mise à pied disciplinaire, le contrat est suspendu et le salaire correspondant aux jours d'absence n'est pas dû : la retenue est calculée au prorata de la durée de la mesure. Cette suspension de rémunération est la conséquence directe de la sanction.
En revanche, contrairement à une idée répandue, le salarié ne « perd » pas ses congés payés déjà acquis : ceux-ci lui restent dus. Par ailleurs, certaines conventions collectives ou accords d'entreprise peuvent prévoir des règles plus favorables. Si le salarié tombe malade pendant la mise à pied, la sanction continue en principe de produire ses effets, et il perçoit le cas échéant les indemnités liées à l'arrêt maladie, et non son salaire d'activité.
Le salarié qui estime la sanction injustifiée ou disproportionnée, ou la procédure irrégulière, peut la contester. Une première démarche consiste à écrire à l'employeur pour exposer ses arguments, éventuellement avec l'appui d'un représentant du personnel.
En l'absence de solution, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes, juridiction compétente pour les litiges entre salariés et employeurs. Le juge contrôle la réalité et la gravité de la faute ainsi que la régularité de la procédure. Selon l'article L1333-1 du Code du travail, si un doute subsiste, il profite au salarié. Le juge peut annuler une sanction irrégulière, injustifiée ou disproportionnée, à l'exception du licenciement, qui obéit à des règles propres. Concrètement, cela signifie qu'une mise à pied mal motivée ou prononcée hors délai a de réelles chances d'être annulée.
La mise à pied disciplinaire est une sanction qui suspend le contrat et le salaire du salarié fautif. Pour être valable, elle doit être prévue par le règlement intérieur, qui en fixe la durée maximale, reposer sur une faute réelle et proportionnée, et respecter la procédure de l'article L1332-2 du Code du travail, entretien préalable puis notification écrite dans un délai compris entre deux jours ouvrables et un mois. Le salarié conserve ses congés acquis et peut contester la sanction devant le conseil de prud'hommes. Chaque situation étant particulière, il reste vivement conseillé, côté salarié comme côté employeur, de consulter un avocat ou un représentant du personnel avant d'agir.