Se marier sans contrat n'est pas une absence de règles. C'est un choix, celui du régime légal de la communauté réduite aux acquêts, qui s'applique automatiquement dès que les futurs époux ne passent pas devant notaire avant la cérémonie. La confusion est fréquente : beaucoup pensent qu'« aucun contrat » veut dire « aucune règle ». En réalité, le Code civil s'en charge à leur place, avec des conséquences précises sur les biens, les dettes, le divorce et la succession.
Ce qui suit vulgarise ces règles à titre informatif. Pour une situation patrimoniale particulière (entreprise, enfants d'une première union, écart de revenus important entre les époux), seul un notaire peut évaluer ce qui convient réellement.
C'est le régime qui s'applique de plein droit à tout couple marié sans contrat notarié. Il distingue deux masses de biens : les biens propres de chaque époux (possédés avant le mariage, ou reçus par héritage ou donation) et les biens communs, qui regroupent tout ce qui est acquis pendant le mariage, salaires compris.
La règle qui surprend le plus : tout bien est présumé commun, sauf preuve contraire. Un appartement acheté pendant le mariage avec l'héritage d'un seul des époux ne reste propre que si l'acte notarié mentionne l'origine des fonds, ce qu'on appelle la déclaration de remploi. Sans cette mention, le bien tombe dans la communauté, même si l'argent venait d'un seul côté. D'où l'intérêt de garder ses justificatifs, pas seulement au moment de l'achat mais pendant toute la durée du mariage.
Par moitié, systématiquement, quelle que soit la contribution financière de chacun. Le juge ne module rien selon les besoins ou les efforts respectifs : il tranche les désaccords sur la composition du patrimoine, pas sur sa répartition.
La liquidation suit un ordre précis, fixé par les articles 1467 et suivants du Code civil. Chacun reprend d'abord ses biens propres. Un compte de récompenses vient ensuite rééquilibrer les masses si l'un des patrimoines s'est enrichi aux dépens de l'autre, par exemple quand des fonds propres ont servi à payer un bien commun. Ce qui reste de la communauté est alors partagé en deux parts égales. Concrètement : si un seul époux a travaillé pendant quinze ans pendant que l'autre élevait les enfants, le logement et l'épargne accumulés sont quand même coupés en deux. C'est souvent au moment de la séparation que ce principe, pourtant écrit noir sur blanc dans la loi, prend tout le monde de court.
Le passif suit globalement le même sort que l'actif : ce qui est contracté pendant le mariage engage la communauté. Mais deux nuances comptent. Pour les dépenses du ménage et l'éducation des enfants, les deux époux sont solidaires (article 220 du Code civil) : le créancier peut se retourner contre l'un ou l'autre, sans distinction. Pour un emprunt ou un cautionnement souscrit seul, sans l'accord du conjoint, seuls les biens propres et les revenus de celui qui s'est engagé sont exposés. C'est l'une des rares protections automatiques du régime légal contre l'engagement solitaire de l'un des deux.
La communauté est d'abord liquidée avant l'ouverture de la succession. Le conjoint survivant garde la moitié des biens communs, en pleine propriété, au titre du régime matrimonial : cette part n'entre pas dans la succession et ne se partage donc pas avec les héritiers. La succession du défunt se compose de ses biens propres et de l'autre moitié de la communauté, répartie selon les règles légales entre les héritiers. Sans aménagement particulier, cette organisation protège moins le conjoint qu'on ne le croit souvent, surtout s'il y a des enfants d'une précédente union.
Deux outils, bien distincts, permettent d'ajuster la situation sans repartir de zéro. Le changement de régime matrimonial se fait devant notaire, en cours de mariage, pour basculer par exemple vers une communauté universelle avec clause d'attribution intégrale au survivant, ou au contraire vers une séparation de biens. L'intervention d'un juge reste possible, notamment en présence d'enfants mineurs, mais elle n'est pas systématique.
La donation entre époux, ou donation au dernier vivant, agit différemment : elle augmente les droits du conjoint survivant dans la succession, en lui laissant le choix, au moment du décès, entre plusieurs options (l'usufruit de la totalité du patrimoine, ou une part en pleine propriété, selon les cas).
Un point mérite d'être corrigé une fois pour toutes : la déclaration d'insaisissabilité n'a rien à voir avec la protection du conjoint. C'est un outil du droit des entrepreneurs, qui met certains biens immobiliers à l'abri des créanciers professionnels. Depuis la réforme de 2015, la résidence principale d'un entrepreneur individuel est même insaisissable de plein droit face à ces créanciers, sans démarche à accomplir. Pour organiser la protection de son conjoint, ce sont le régime matrimonial et les libéralités entre époux qui font le travail, pas ce dispositif.
Trois régimes conventionnels existent en alternative au régime légal, tous nécessitant un contrat de mariage signé devant notaire.
| Régime | Biens communs | Dettes | Formalité |
|---|---|---|---|
| Communauté réduite aux acquêts (régime légal) | Tout ce qui est acquis pendant le mariage | Partagées, sauf engagement solitaire sans accord | Aucune, automatique |
| Séparation de biens | Aucun par défaut | Chacun répond de ses propres dettes | Contrat de mariage notarié |
| Communauté universelle | Tous les biens, présents et futurs | Toutes les dettes sont communes | Contrat de mariage notarié |
| Participation aux acquêts | Aucun pendant le mariage, l'enrichissement est partagé à la fin | Chacun répond de ses propres dettes pendant l'union | Contrat de mariage notarié |
Le régime légal convient bien à un couple aux patrimoines simples et comparables. Il devient plus risqué dès qu'un des époux exerce une activité indépendante, ou quand l'écart de patrimoine entre les deux est important dès le départ : dans ces situations, un rendez-vous chez le notaire avant le mariage évite souvent des complications bien plus lourdes qu'un simple entretien.