Lorsqu'une personne crée une œuvre, un roman, une chanson, une photographie, un logiciel, le droit lui reconnaît une protection automatique sur sa création. Ce droit lui permet de contrôler l'usage de son œuvre et de s'opposer à toute utilisation non autorisée. C'est le droit d'auteur. Cet article en présente les grands principes : les droits qu'il accorde, leur durée, et les exceptions que la loi prévoit.
Je précise mon rôle : je vulgarise ici des règles du Code de la propriété intellectuelle. Pour un projet concret (publication, cession de droits, litige), un avocat spécialisé en propriété intellectuelle pourra vous accompagner.
Ce droit s'appelle le droit d'auteur. Il garantit à l'auteur une propriété intellectuelle sur sa création, et concerne toutes sortes d'œuvres : littéraires, artistiques, musicales, audiovisuelles. Sa grande particularité est qu'il naît dès la création de l'œuvre, sans aucune formalité : il n'est pas nécessaire de déposer ou d'enregistrer son œuvre pour être protégé (article L. 111-1 du Code de la propriété intellectuelle). Le simple fait de créer suffit.
Le droit d'auteur s'applique à une grande variété d'œuvres de l'esprit, par exemple :
Une précision utile : ce qui est protégé, c'est la forme que prend la création, pas l'idée elle-même. Les idées et les concepts, en tant que tels, ne sont pas protégeables par le droit d'auteur.

Le droit d'auteur français a une structure dite « dualiste » : il se compose de deux ensembles de droits bien distincts, le droit moral et les droits patrimoniaux.
Le droit moral protège le lien personnel entre l'auteur et son œuvre. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible (article L. 121-1) : l'auteur ne peut donc ni y renoncer ni le céder, même contre rémunération, et toute clause contraire serait nulle. Il se subdivise notamment en :
Les droits patrimoniaux, eux, permettent à l'auteur d'exploiter économiquement son œuvre et d'en tirer une rémunération. Contrairement au droit moral, ils sont cessibles : l'auteur peut les céder à un tiers (un éditeur, un producteur) par un contrat de cession.
Les droits patrimoniaux permettent de contrôler l'exploitation de l'œuvre et de percevoir une rémunération. Ils recouvrent principalement :
À côté de ces droits, il existe un droit de suite, qu'il faut bien circonscrire pour éviter un malentendu fréquent. Ce droit permet à l'auteur de percevoir un pourcentage sur le prix de revente de son œuvre. Mais il ne concerne que les œuvres d'art graphique et plastique (peintures, sculptures, dessins…), et non les œuvres littéraires ou musicales (article L. 122-8). C'est pourquoi l'exemple pertinent est celui du peintre qui touche une part sur la revente de ses toiles aux enchères, et non celui d'un écrivain.

C'est un aspect essentiel, souvent oublié, et la distinction entre les deux types de droits prend ici tout son sens.
Les droits patrimoniaux sont limités dans le temps : ils durent toute la vie de l'auteur, puis 70 ans après son décès (article L. 123-1), le calcul commençant le 1er janvier de l'année suivant la mort. Pendant cette période, ce sont les héritiers qui gèrent l'exploitation de l'œuvre. À l'expiration de ce délai, l'œuvre tombe dans le domaine public : elle peut alors être exploitée librement et gratuitement, sans autorisation ni rémunération des ayants droit.
Certaines œuvres suivent un régime particulier : pour une œuvre de collaboration, les 70 ans courent à compter de la mort du dernier coauteur survivant ; pour une œuvre collective, anonyme ou pseudonyme, ils courent à compter de la publication. Des prorogations existent également dans des cas spécifiques (auteur mort pour la France, par exemple).
Le droit moral, en revanche, est perpétuel : il ne s'éteint jamais. Même lorsque l'œuvre est tombée dans le domaine public, son auteur (et après lui ses héritiers) conserve le droit au respect de son nom et de l'intégrité de l'œuvre. On peut rééditer librement un roman du domaine public, mais on ne peut pas l'attribuer à quelqu'un d'autre ni le dénaturer.
Le droit d'auteur n'est pas absolu. La loi prévoit des exceptions permettant d'utiliser une œuvre sans l'autorisation de l'auteur, afin de préserver un équilibre avec la liberté d'expression et la diffusion de la culture et du savoir. En droit français, elles sont énumérées à l'article L. 122-5 du Code de la propriété intellectuelle. Parmi les plus courantes :
Ces exceptions sont strictement encadrées par ce que l'on appelle le « test en trois étapes » : elles ne doivent porter ni atteinte à l'exploitation normale de l'œuvre, ni causer un préjudice injustifié aux intérêts de l'auteur. Point important : ces exceptions ne concernent que les droits patrimoniaux. Aucune exception ne s'applique au droit moral, qui doit toujours être respecté.
Le droit d'auteur protège automatiquement toute œuvre de l'esprit, dès sa création. Il se compose d'un droit moral (perpétuel et incessible : paternité, intégrité, divulgation) et de droits patrimoniaux (cessibles et limités à 70 ans après la mort de l'auteur, avant l'entrée dans le domaine public). Le droit de suite, lui, ne vise que les œuvres d'art graphique et plastique. Des exceptions (citation, parodie, copie privée…) existent, mais elles ne touchent jamais le droit moral.
Si vous envisagez de créer, de publier ou de céder des droits, ces repères sont un point de départ ; un professionnel pourra sécuriser votre projet. Cet article a une vocation purement informative.
Pour aller plus loin : vous pouvez consulter nos articles sur la contrefaçon et la protection des créations, la cession de droits d'auteur, et la différence entre droit d'auteur et copyright.