La curatelle : définition, types, procédure et rôle du curateur

La curatelle : définition, types, procédure et rôle du curateur

La curatelle est une mesure judiciaire de protection destinée à une personne majeure dont les facultés sont altérées, mais qui conserve une certaine autonomie. Moins contraignante que la tutelle, elle repose sur l'assistance plutôt que sur la représentation. Qu'est-ce que la curatelle exactement, quelles en sont les formes, comment l'engager et quel est le rôle du curateur ? On fait le point.

Je précise mon rôle : je vulgarise ici des règles du Code civil. Pour engager une mesure de protection, l'accompagnement d'un avocat ou les services du tribunal judiciaire sont les bons interlocuteurs.

Qu'est-ce que la curatelle ?

La curatelle est une décision de justice qui place sous protection une personne majeure dont les facultés mentales ou corporelles sont altérées, médicalement constatées, au point qu'elle a besoin d'être assistée ou contrôlée de façon continue dans les actes importants de la vie civile (article 440 du Code civil).

Le point clé est là : la personne en curatelle n'est pas hors d'état d'agir. Elle conserve son autonomie pour les actes courants, mais a besoin de l'assistance d'un curateur pour les actes les plus engageants. C'est ce qui distingue la curatelle de la tutelle, où la personne est représentée. La curatelle est d'ailleurs subsidiaire : elle n'est prononcée que si une simple sauvegarde de justice ne suffit pas.

Elle s'adresse par exemple à des personnes confrontées à une maladie, un handicap ou une perte d'autonomie liée à l'âge. La mesure est prononcée pour une durée maximale de 5 ans, renouvelable ; cette durée peut être portée plus loin (jusqu'à 20 ans en cas de renouvellement) lorsque l'altération des facultés n'apparaît manifestement pas susceptible d'amélioration.

Quels sont les différents types de curatelle ?

La curatelle peut être modulée selon les besoins de la personne. On distingue :

  • la curatelle simple (article 467) : la personne gère seule les actes courants (actes d'administration et de conservation : gérer son budget courant, ouvrir un compte, signer un bail…), mais doit être assistée de son curateur pour les actes de disposition, plus engageants (vendre un bien, contracter un emprunt, accepter une succession…) ;
  • la curatelle renforcée (article 472) : plus protectrice, elle confie au curateur la perception des revenus de la personne et le règlement de ses dépenses (voir plus bas) ;
  • la curatelle aménagée (article 471) : il ne s'agit pas vraiment d'un degré intermédiaire figé, mais d'une faculté donnée au juge d'énumérer sur mesure, dans le jugement, les actes que la personne peut accomplir seule et ceux pour lesquels l'assistance du curateur est requise. C'est une curatelle personnalisée, ajustée à la situation réelle de la personne.

Ces formes se différencient par le degré d'intervention du curateur dans la gestion des affaires de la personne protégée.

Comment se déroule la mise sous curatelle ?

La demande peut émaner de la personne concernée, d'un proche (conjoint, partenaire, parent, allié, personne entretenant des liens étroits et stables), de la personne exerçant déjà une mesure de protection, ou du procureur de la République. La procédure obéit à des règles précises :

  • la demande prend la forme d'une requête adressée au juge des contentieux de la protection (l'ancien juge des tutelles), au tribunal judiciaire du lieu de résidence de la personne à protéger ;
  • elle doit obligatoirement comporter un certificat médical circonstancié. Point important à corriger : ce certificat doit être établi par un médecin inscrit sur une liste dressée par le procureur de la République (et non par un médecin agréé par la préfecture). Le médecin traitant de la personne ne peut pas l'établir. Sans ce certificat, la demande est irrecevable.

Le juge entend en principe la personne à protéger (sauf si son état ne le permet pas), peut recueillir l'avis de ses proches et ordonner une enquête. Il décide ensuite d'ouvrir ou non la curatelle, en choisissant la forme la mieux adaptée, et désigne un ou plusieurs curateurs.

Quelle différence entre la curatelle (renforcée) et la tutelle ?

La curatelle et la tutelle sont toutes deux des mesures de protection judiciaire, mais elles diffèrent par leur intensité.

En curatelle, la personne n'est pas hors d'état d'agir : elle prend ses décisions, mais avec l'assistance du curateur pour les actes importants. En tutelle, la personne, qui a perdu son autonomie, est représentée par le tuteur, lequel agit pour son compte. La curatelle peut d'ailleurs évoluer en tutelle si l'état de la personne se dégrade.

La curatelle renforcée est la forme la plus poussée de la curatelle, et se rapproche de la tutelle sur le plan de la gestion financière. L'article 472 du Code civil prévoit en effet qu'en curatelle renforcée :

  • le curateur perçoit seul les revenus de la personne protégée, sur un compte ouvert au nom de cette dernière ;
  • il règle les dépenses auprès des tiers et reverse l'excédent sur un compte laissé à la disposition de la personne.

Une précision importante, car le texte courant l'énonce souvent mal : ce régime de l'article 472 est propre à la curatelle renforcée, et non commun à la tutelle. La tutelle obéit à ses propres règles de représentation, plus larges encore. En contrepartie de ses pouvoirs, le curateur renforcé doit rendre compte de sa gestion chaque année.

Quel est le rôle du curateur ?

Le rôle du curateur est avant tout d'assister et de conseiller la personne protégée, sans se substituer à elle. L'étendue de ses prérogatives dépend de la forme de curatelle :

  • en curatelle simple, la personne accomplit seule les actes courants ; le curateur intervient pour l'assister sur les actes de disposition et veille à la protection de son patrimoine ;
  • en curatelle aménagée, le curateur intervient sur les actes que le juge a précisément listés ;
  • en curatelle renforcée, il gère en outre les revenus et les dépenses de la personne.

Dans tous les cas, le curateur n'a pas tout pouvoir : il ne décide pas à la place de la personne pour les choix qui la concernent personnellement, et certains actes graves restent soumis à l'autorisation du juge. Le principe directeur reste l'autonomie de la personne protégée, que la mesure vise à soutenir, non à effacer.

L'essentiel à retenir

La curatelle protège une personne majeure dont les facultés sont altérées, mais qui garde une autonomie : elle l'assiste, là où la tutelle représente. Elle se décline en curatelle simple, renforcée (le curateur gère revenus et dépenses, article 472) et aménagée (sur mesure, article 471). Elle se demande auprès du juge des contentieux de la protection, avec un certificat médical circonstancié établi par un médecin inscrit sur la liste du procureur. Sa durée va de 5 ans à 20 ans selon l'évolution prévisible de l'état de la personne.

Chaque situation étant particulière, il reste vivement conseillé de se rapprocher d'un avocat ou du tribunal judiciaire avant d'engager une mesure de protection. Cet article a une vocation purement informative et ne remplace pas un conseil personnalisé.

Sources

  • Code civil, articles 425 et 440 (causes et définition), 467 (curatelle simple), 471 (curatelle aménagée), 472 (curatelle renforcée), 431 (certificat médical circonstancié)
  • Service-Public.fr, « Curatelle d'un majeur »
  • Légifrance et ministère de la Justice, procédure devant le juge des contentieux de la protection

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