Quitter son poste sans autorisation, ou s'absenter durablement sans justifier son absence auprès de son employeur : c'est ce que l'on appelle un abandon de poste. Longtemps, ce comportement débouchait le plus souvent sur un licenciement, qui ouvrait au salarié un droit aux allocations chômage. La règle a changé. Depuis la loi du 21 décembre 2022, dite « Marché du travail », l'abandon de poste peut désormais être assimilé à une démission, avec des conséquences lourdes pour le salarié.
Ce nouveau dispositif, appelé présomption de démission, est codifié à l'article L. 1237-1-1 du Code du travail et précisé par un décret du 17 avril 2023. Je précise mon rôle : je vulgarise ici ces règles, qui ont donné lieu à d'importantes précisions de la jurisprudence, sans me substituer à un avocat, vers lequel je vous oriente pour toute situation concrète, tant les enjeux financiers sont importants.
Une mise au point d'emblée, car beaucoup d'articles en ligne reposent sur des informations dépassées : le dispositif n'est plus « en attente » de décret. Il est pleinement applicable depuis le 19 avril 2023, et a été validé par le Conseil d'État fin 2024.
Le principe est le suivant : lorsqu'un salarié abandonne volontairement son poste, l'employeur peut le mettre en demeure de justifier son absence et de reprendre le travail. Si le salarié ne reprend pas son poste ni ne fournit de motif légitime dans le délai imparti, il est présumé avoir démissionné, et son contrat est rompu sur ce fondement.
Concrètement, cela signifie que l'abandon de poste ne conduit plus, par cette voie, à un licenciement, mais à une rupture assimilée à une démission. La différence est capitale pour les droits du salarié, comme nous le verrons plus loin.
Il faut toutefois souligner un point essentiel : il s'agit d'une présomption simple, et non irréfragable. Le salarié peut la contester devant le conseil de prud'hommes, qui doit alors statuer dans un délai d'un mois. Si le juge estime que la rupture n'était pas justifiée, elle peut être requalifiée, par exemple en licenciement sans cause réelle et sérieuse, ouvrant alors des droits au salarié.
La procédure est encadrée par le décret du 17 avril 2023. L'employeur qui souhaite faire jouer la présomption de démission doit adresser au salarié une mise en demeure, par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge, lui demandant à la fois de justifier son absence et de reprendre son poste.
Cette mise en demeure fixe au salarié un délai pour réagir, qui ne peut être inférieur à quinze jours. Ce délai court à compter de la présentation de la mise en demeure, et se décompte en jours calendaires (week-ends et jours fériés compris). Concrètement, cela signifie que c'est la date à laquelle le courrier est présenté au domicile du salarié qui compte, et non la date à laquelle il en prend effectivement connaissance.
Le Conseil d'État, en validant le dispositif fin 2024, a ajouté une exigence importante : la mise en demeure doit informer le salarié des conséquences d'une absence de reprise, à savoir qu'il sera présumé démissionnaire. Une mise en demeure qui omettrait cette information fragiliserait la procédure.
La présomption de démission ne joue pas lorsque l'absence repose sur un motif légitime. Le salarié doit alors l'invoquer dans sa réponse à la mise en demeure. Le décret cite notamment, sans que la liste soit limitative, les raisons médicales, l'exercice du droit de retrait (en cas de danger grave et imminent), l'exercice du droit de grève, le refus d'exécuter une instruction contraire à la réglementation, ou encore une modification du contrat de travail imposée par l'employeur.
Concrètement, cela signifie qu'une absence justifiée, par exemple par un arrêt maladie ou un exercice légitime du droit de retrait, ne peut pas être requalifiée en démission. Tout l'enjeu, en cas de litige, sera de démontrer la réalité et la légitimité de ce motif.
C'est la conséquence la plus lourde, et celle qui justifiait la réforme. Lorsque la présomption de démission s'applique, le salarié est considéré comme démissionnaire. Or, en principe, la démission n'ouvre pas droit aux allocations chômage, réservées aux personnes privées involontairement de leur emploi. Le salarié présumé démissionnaire perd donc, en principe, le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, ainsi que les indemnités de rupture (comme l'indemnité de licenciement).
C'est précisément l'objectif poursuivi par le législateur : éviter qu'un salarié ayant abandonné son poste se trouve, au regard de l'assurance chômage, dans une situation plus favorable qu'un salarié ayant démissionné. Il reste que le salarié qui conteste avec succès la rupture devant les prud'hommes peut, selon la requalification retenue, retrouver des droits.
C'est une question débattue, sur laquelle une zone d'incertitude demeure. En pratique, beaucoup considèrent que l'employeur conserve une marge de choix et peut, plutôt que de recourir à la présomption de démission, décider de ne rien faire, ou d'engager une procédure disciplinaire pouvant aller jusqu'au licenciement pour faute grave. La jurisprudence sur l'articulation entre ces options continue de se préciser, et tous les points ne sont pas définitivement tranchés.
Une précision importante concerne par ailleurs les salariés protégés (représentants du personnel, délégués syndicaux, etc.) : des décisions récentes ont jugé que la rupture par présomption de démission supposait, pour ces salariés, l'autorisation préalable de l'inspection du travail, à défaut de quoi elle pouvait être annulée. Cette question reste suivie de près par les juridictions.
Le dispositif de présomption de démission concerne le contrat à durée indéterminée (CDI). Pour un CDD, le régime est différent : l'abandon de poste peut constituer une rupture anticipée du contrat. L'employeur peut alors engager une procédure pour faute grave, qui peut entraîner la rupture du CDD avant son terme. Les conséquences sur les sommes dues (notamment l'indemnité de fin de contrat) et sur d'éventuels droits dépendent étroitement des circonstances, d'où l'intérêt de se faire conseiller.
Depuis la loi du 21 décembre 2022 et son décret d'application du 17 avril 2023, l'abandon de poste volontaire en CDI peut être assimilé à une démission. L'employeur doit adresser une mise en demeure, laissant au salarié un délai d'au moins quinze jours pour reprendre son poste ou justifier son absence, et l'informant des conséquences. Faute de reprise ou de motif légitime, le salarié est présumé démissionnaire, ce qui le prive en principe des allocations chômage et des indemnités de rupture. Cette présomption peut toutefois être contestée devant le conseil de prud'hommes, qui statue dans un délai d'un mois.
Chaque situation étant particulière, et les conséquences financières importantes, il reste vivement conseillé de consulter un avocat ou les services compétents avant d'agir, que l'on soit salarié ou employeur. Cet article a une vocation purement informative et ne remplace pas un conseil juridique personnalisé.