Qu'est-ce que le divorce pour adultère ?

Qu'est-ce que le divorce pour adultère ?

Le divorce pour adultère désigne, dans le langage courant, un divorce pour faute fondé sur l'infidélité d'un époux. En droit français, l'adultère est un manquement au devoir de fidélité que les époux se doivent mutuellement (article 212 du Code civil). Lorsqu'il est établi et suffisamment grave, il peut justifier que le juge prononce le divorce aux torts de l'époux qui l'a commis.

Une précision essentielle s'impose d'emblée, car de fausses idées circulent largement : depuis 1975, l'adultère n'est plus une infraction pénale. Il n'expose à aucune peine de prison ni amende. Ses conséquences sont uniquement civiles, dans le cadre d'un divorce. Je précise mon rôle : je vulgarise ici le droit pour le rendre clair, sans me substituer à un avocat, vers lequel je vous invite à vous tourner pour toute démarche concrète.

Autre point souvent mal compris : l'adultère n'entraîne pas automatiquement le divorce. Il constitue une faute que le juge apprécie souverainement, en tenant compte des circonstances et du comportement de chacun des époux.

Comment se passe un divorce pour adultère ?

Il n'existe pas de procédure « spéciale adultère ». L'adultère est l'un des motifs possibles du divorce pour faute, prévu par l'article 242 du Code civil, qui permet de demander le divorce lorsque l'un des époux a commis une violation grave ou renouvelée des devoirs du mariage rendant intolérable le maintien de la vie commune.

La procédure suit le cours du divorce contentieux. L'époux qui souhaite divorcer saisit le juge aux affaires familiales par l'intermédiaire de son avocat, dont l'assistance est obligatoire. Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2021, la procédure se déroule en une seule phase : il n'existe plus d'audience de conciliation ni d'ordonnance de non-conciliation. Une audience d'orientation et sur mesures provisoires permet, le cas échéant, d'organiser la vie de la famille pendant l'instance (résidence des enfants, pension, logement).

L'époux qui invoque l'adultère doit en apporter la preuve. À l'issue de la procédure, le juge peut prononcer le divorce aux torts exclusifs de l'époux infidèle, aux torts partagés s'il estime que l'autre conjoint a lui aussi commis des fautes, ou écarter l'adultère s'il l'estime excusé par les circonstances. Le jugement règle ensuite les conséquences du divorce : modalités concernant les enfants, contribution à leur entretien, prestation compensatoire éventuelle et liquidation du régime matrimonial.

Comment se passe un divorce pour adultère ?

Quelle sanction pour l'adultère ?

C'est sur ce point que l'article doit corriger une erreur très répandue. L'adultère n'est puni d'aucune sanction pénale. Il n'entraîne ni emprisonnement, ni amende. Jusqu'en 1975, l'adultère constituait un délit, mais la loi du 11 juillet 1975 portant réforme du divorce l'a entièrement dépénalisé. Aujourd'hui, parler de « peine » pour adultère est juridiquement inexact.

Les conséquences de l'adultère sont exclusivement civiles et se déploient dans le cadre du divorce. Elles peuvent prendre les formes suivantes :

  • Le divorce aux torts exclusifs de l'époux fautif, lorsque le juge retient l'adultère comme une faute suffisamment grave.
  • L'octroi de dommages et intérêts à l'époux trompé, destinés à réparer le préjudice moral qu'il a subi, si ce préjudice est établi.

En revanche, contrairement à ce qu'on lit parfois, l'adultère n'a pas d'effet direct ni automatique sur les décisions relatives aux enfants. Les modalités de résidence et le droit de visite et d'hébergement sont fixés selon le seul intérêt de l'enfant, et non pour « sanctionner » le comportement conjugal d'un parent. Un parent infidèle ne perd pas pour autant ses droits parentaux. De même, l'idée de « répercussions professionnelles » liées à l'adultère ne correspond à aucune règle de droit.

Il faut aussi noter que le devoir de fidélité ne disparaît pas pendant la procédure de divorce : il subsiste tant que le mariage n'est pas définitivement dissous, même si les juges tiennent compte du contexte de séparation pour apprécier la gravité des faits.

Quelles preuves pour établir l'adultère dans un divorce ?

En matière de divorce, la preuve est libre : l'adultère peut être établi par tout moyen, à une condition impérative posée par l'article 259-1 du Code civil, à savoir que la preuve n'ait pas été obtenue par violence ou par fraude. Cette limite est essentielle et écarte de nombreux procédés qu'on imagine parfois recevables.

Parmi les preuves couramment admises figurent le constat dressé par un commissaire de justice (l'ancien huissier), les attestations de témoins, les courriers, les messages électroniques ou les SMS, ainsi que le rapport d'un détective privé. Le constat de commissaire de justice est généralement considéré comme une preuve solide, mais il obéit à des règles strictes : pour intervenir au domicile ou dans un lieu privé, le commissaire de justice doit y avoir été autorisé par le juge, et il ne peut jamais recourir à l'effraction ou à la contrainte.

À l'inverse, les preuves obtenues de façon déloyale sont écartées. Le piratage de la messagerie du conjoint, la pose de logiciels espions ou de caméras cachées au domicile, ou l'interception frauduleuse de correspondances ne sont pas recevables et peuvent même se retourner contre celui qui y a recours. Enfin, une règle protège la famille : les enfants, descendants des époux, ne peuvent jamais être entendus comme témoins sur les griefs invoqués dans le divorce de leurs parents.

Quelles preuves pour établir l'adultère dans un divorce ?

Comment choisir un avocat pour un divorce pour faute ?

L'avocat est obligatoire dans une procédure de divorce contentieux, et le divorce pour faute compte parmi les plus délicats à mener, car il suppose d'administrer la preuve d'une faute et d'en débattre. Le choix de votre conseil mérite donc attention.

Il est utile de privilégier un avocat ayant une pratique régulière du droit de la famille, qui connaît les exigences de preuve et la jurisprudence applicable à l'adultère. Vous pouvez vous renseigner sur son expérience en ce domaine et, si besoin, consulter plusieurs avocats avant de choisir. Beaucoup proposent un premier rendez-vous permettant d'évaluer votre situation et le coût prévisible de la procédure. Si vos ressources sont insuffisantes, l'aide juridictionnelle peut prendre en charge tout ou partie des frais.

L'essentiel à retenir

Le « divorce pour adultère » est en réalité un divorce pour faute fondé sur l'infidélité. L'adultère n'est plus une infraction pénale depuis 1975 : il n'entraîne ni prison ni amende, mais demeure une faute civile que le juge apprécie librement. S'il est retenu, il peut conduire à un divorce aux torts de l'époux fautif et, le cas échéant, à des dommages et intérêts, sans incidence automatique sur les décisions concernant les enfants, gouvernées par leur seul intérêt. La preuve de l'adultère est libre, mais ne doit jamais être obtenue par fraude ou violence.

Chaque situation étant particulière, et la stratégie probatoire déterminante, il reste vivement conseillé de consulter un avocat avant d'engager une procédure. Cet article a une vocation purement informative et ne remplace pas un conseil juridique personnalisé.

Sources

  • Code civil, article 212 (devoirs des époux, dont la fidélité), Légifrance
  • Code civil, article 242 (divorce pour faute) et article 259-1 (preuve), Légifrance
  • Loi n° 75-617 du 11 juillet 1975 portant réforme du divorce (dépénalisation de l'adultère), Légifrance
  • Service-Public.fr, rubrique relative au divorce pour faute

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